Visualisation de l’information – Partie 1

Représentation visuelle de l’information collectée

En sortie de la plateforme de Veille nous obtenons un ensemble d’informations par thématique surveillée qui s’accumule avec le temps. Il est souvent difficile de s’y retrouver et de donner du sens à cette accumulation sélective. Un besoin de mise en perspective se fait jour. Pour y répondre et valoriser ce patrimoine, la représentation visuelle de l’information s’avère pertinente : elle permet d’amplifier la cognition (et par là même de faire apparaître des manques d’information), autorise des inférences perceptuelles et favorise grandement l’heuristique.

Pour ce faire, il est nécessaire de catégoriser le référentiel constitué par les informations collectées en groupes conceptuels, thématiques, techniques, … Cette structuration basée sur des critères de similitude, de proximité et d’analogie, de contraste, de synergie, … est facilitée par une cartographie.

Plusieurs modalités peuvent être mises en œuvre, chacune apportant un éclairage particulier[1]. Nous explorerons deux alternatives. Il s’agit d’objectiver des interactions envisageables, d’explorer des convergences nouvelles ou inattendues, de mettre en évidence des cheminements possibles avec  création de passerelles entre concepts.

Principes de la visualisation de l'informationLa construction et l’analyse de ces cartes implique une démarche participative. Cette approche permet de créer une dynamique toujours appréciée par les équipes parce qu’elle favorise échanges et enrichissement réciproques sur des sujets précis, bénéficiant du patrimoine de connaissance et d’expertise du groupe de travail. Elle n’impose rien, elle est conviviale, évolutive et laisse aux responsables participants la possibilité d’exprimer leur savoir. C’est une méthode non « captive » qui conduit à représenter, on peut même dire à (re)construire, ces savoirs.

1. Cartes heuristiques[2]

Il s’agit d’une méthode de représentation visuelle de l’information, sous forme arborescente qui s’organise autour d’un thème central. La cartographie heuristique a été créée selon le concept de la pensée irradiante ou créative[3]  : « pensée qui désigne des processus associatifs qui partent de ou se greffent à partir d’un point central ».  Afin de créer une carte heuristique on identifie un concept central (représenté par une image, un mot ou un groupe de mots) à partir du quel se développe des ramifications comportant les concepts forces se rapportant au thème central. Ces concepts sous-jacents sont alors organisés sous forme hiérarchique selon leur degré d’importance et peuvent être eux-mêmes subdivisés[4].

En milieu professionnel, l’utilisation des cartes est réalisée dans de nombreuses situations telles que la conduite d’un brainstorming : classer directement les idées sans être contraint par une liste verticale. Elle permet entre autre une prise de notes plus visuelle, la préparation et l’animation de réunions, l’organisation de tâches,…5 raisons pour utiliser le Mind Mapping dans vos activités

L’efficacité d’une mind map repose sur la pertinence de son concept central, et des branches et sous-branches liées. Un soin tout particulier devra être apporté à la codification (couleurs, formes,…) afin de renforcer l’impact visuel de la carte (voir dans ce blog « Libre blanc Mind Mapping : 18 situations pour en profiter !« ).

2. Cartes conceptuelle[5]

Si les cartes heuristiques organisent essentiellement les données par arborescence, les cartes conceptuelles permettent de représenter et d’organiser un ensemble plus complexe de données, reliées en réseaux par des « liens croisés ». Il s’agit de schémas conceptuels qui se composent de plusieurs thèmes centraux reliés par des liens de type sémantique.

Tout comme la carte heuristique, la cartographie conceptuelle permet d’optimiser les mécanismes naturels cérébraux. Cependant grâce à la spécification des liens, elle autorise un traitement en profondeur en rendant explicites les relations connectant les concepts. L’efficacité d’une carte conceptuelle repose donc à la fois sur la structure hiérarchique de ses concepts et sur la pertinence des liens croisés.  Les liens sont exprimés selon des relations de causalité (est ce que tel concept est la cause d’un autre), proximité (rapprocher des informations se rapportant à un même concept), similitude (regrouper les concepts en fonctions de leur ressemblance), opposition/ contradiction, confirmation/recoupement (évaluer le degré de fiabilité et d’exactitude d’une information),…

Construction concrète de la carte conceptuelle 

  • Segmentation de données, informations, concepts, idées, … conduisant à expliciter puis à sélectionner les concepts centraux pris en compte afin d’exprimer les problématiques à éclaircir. Il s’agit ensuite de recenser les concepts qui leur sont liés (brainstorming, avis d’expert, …) en les organisant du général au spécifique en ne retenant que les plus signifiants.

Dans chaque agrégat constitué lors de l’étape de regroupement, on essaie de lier les informations entre elles, puis les agrégats entre eux. Cette approche permet de répondre à la problématique de construction collective de sens sur le sujet particulier traité, donc en tenant compte des éléments de contextualisation.  Cette mise en contexte de l’information fournit sa richesse et sa pertinence à l’interprétation, d’où l’importance décisive du ciblage préalable des sujets sur lesquels appliquer la méthode.

  • Catégorisation et structuration : situer les concepts les uns par rapport aux autres dans une organisation logique et hiérarchisée afin d’établir une carte d’ensemble.

  • Schéma simplifié des fonctions de Yahoo Pipes.cmapConstruction de la carte : formulation des liens  établissant le sens des relations[6] entre les concepts en respect des conventions d’écriture,Logique carte conceptuelleClarifier la nature des relations et les qualifier avec des étiquettes afin d’en retirer des propositions

  • Codage : couleur, formes,…Nota : la création de cartes conceptuelles nécessite une vigilance quant à certains points :► Eviter les liens qui se croisent;► Limiter la surcharge du schéma;► Ne pas utiliser de phrases complètes ;► Sélectionner les mots de liaisons adéquats (proposition de mots de liaison).
  • A titre d’exemple, ci-dessous la carte des modules Yahoo Pipes schématisée pour la fonction Tri.

Schéma fonctions Yahoo Pipes Tri


[1] http://sce10102.patrickplante.org/wp-content/uploads/2011/09/Les-cartes-conceptuelles.pdf

[2] «Représentation graphique arborescente hiérarchisée qui se développe autour d’une notion centrale sans forcément insister sur la nature des relations qui existent entre les différents nœuds » (P. Nobis).

[3] Concept mis au point  au début des années 70 par Tony et Barry BUZAN.

[4] La visualisation permise par la carte heuristique s’accorde avec une étude scientifique démontrant  que le cerveau conçoit en images toutes ses pensées avant de les traduire en mots. Le Mind Map se base donc sur le fonctionnement de notre cerveau, dont l’hémisphère gauche traite de manière littéraire l’information du langage, de la logique,… donc analytique et dont l’hémisphère droit gère l’organisation spatiale, l’imagination, la vision globale, l’analogie, les formes, les images…donc synthétique. La sollicitation des deux hémisphères cérébraux permet de démultiplier les facultés cérébrales et donc d’optimiser la structuration des idées, donc la pensée. De plus ce type de carte s’accorde avec l’un des sens principal de l’être humain : la vue, permettant une vision synthétique qui favorise l’appréhension globale d’un concept.

[5] « Schémas qui définissent les rapports entre les différents concepts ou nœuds présentés. Ces nœuds sont reliés entre eux grâce à des traits (droits ou arcs appelés liens) sur lesquels son peut placer une étiquette textuelle. Ces structures ne s’organisent pas forcément à partir d’une seule notion » (P. Nobis).

[6] Les relations peuvent être de plusieurs types : description, mise en ordre, explication, voir : http://neumann.hec.ca/gti/technopedagogie/fichiers/Typologie%20de%20mots%20de%20liaison.pdf

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3 réponses à Visualisation de l’information – Partie 1

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  2. Bonjour,

    Bravo pour votre article et notamment pour l’application professionnelle de la carte conceptuelle.

    Si je comprends bien votre article, votre visualisation des résultats de veille se fait d’une part non automatiquement d’une part et d’autre part elle présente un focus sur un point de veille en particulier ?

    Utilisez vous d’autres outils (type Gephi) et méthodes pour visualiser des volumes de données importants ?

    D’avance merci de votre réponse.

    Cdlt

    Xavier

    • Paul dit :

      Merci pour votre commentaire,
      La démarche est effectivement manuelle : l’idée étant d’exploiter l’intelligence collective d’un groupe pour générer des liens entre informations et concepts qui n’existent pas de façon évidente et explicite. C’est le cas par exemple pour identifier des relations non perçues entre compétences ou résultats (fertilisation croisée de compétences, recherche d’applications nouvelles, …) ou entre informations et signaux faibles de veille. Il est bien entendu nécessaire de partir d’un champ (focus) préalablement bien délimité, qui peut être une sortie de l’analyse des facteurs clés de succès (dont les thèmes et sous thèmes constituent des axes de veille).

      Je n’utilise pas GEPHI mais une étude concrète est programmée pour le mois de mai prochain. Avez avez une expérience avec cet outil ?
      Je reste à votre écoute,
      Cordialement, Paul

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